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NON ISRAELITES DANS LA BIBLE

 Définir l’identité n’est pas aisé. L’acception de ce terme recouvre des notions diverses plus ou  moins objectives à la lisière du sociologique et du psychologique. L’identité individuelle est souvent subjective en tant qu’elle est avant tout une relation entre notre individualité et le reste de la société. L’identité sociale plus objective, s’exprime par exemple dans les critères d’appartenance à une profession, à une classe sociale. Quant aux identités culturelles et cultuelles, elles se définissent autour du partage d’un noyau de règles et de valeurs par une communauté. Ainsi « l’identité » personnelle se trouve-t-elle être au confluent de toutes ces identités il est en conséquence encore moins aisé de répondre à notre époque à la question « qui est juif »? .

 

Du point de vue du judaïsme orthodoxe la réponse est simple, la judaïté se transmet par matrilinéarité ou s’acquière au terme d’une conversion reconnue par le Consistoire qui ne Tableau1.jpgreprésente que 45% des synagogues françaises (et ne reconnaît d’ailleurs pas non plus les conversions orthodoxes américaines). Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette vision de la transmission de la judaïté par matrilinéarité ne préjuge nullement d’un quelconque niveau de pratique ou de connaissances. Il est d’autre part étymologiquement impropre de parler de « juifs » dans le TaNaKh, ce terme désignant alors un habitant de la Judée. Le terme est utilisé pour la première fois pour Mardochée. Il serait plus juste de parler de peuple Israélite, quoique ce terme n’a également de sens qu’à partir de l’époque des enfants de Jacob.

 

Il est fait mention des Non-Israelites dans la Bible de deux façons, d’une part au travers de la législation applicable au Guer( étranger domicilié) et d’autre part par la valeur d’exemplarité de certains d’entre eux. De nombreux Non-Israelites vinrent s’agréger au peuple Israélite au travers de mariages extérieurs ou d’une manière volontaire. Il est fait mention dans la Bible de nombreuses épouses de personnages bibliques n’appartenaient pas aux Bnei Israël  La mention sans doute la plus significative de cette agrégation volontaire se trouve indiquée dans le livre de l’Exode (Ex12:38) Une multitude de gens de toute espèce montèrent avec eux; ils avaient aussi des troupeaux considérables de brebis et de boeufs. Ce verset témoigne d’un universalisme certain, au travers de la libération du joug de l’oppression inique à la fois du peuple hébreu et de ceux les ayant accompagnés dans l’épreuve. D’autre part la loi s’applique sans distinction entre les hébreux et les étrangers en séjour parmi eux. Exode 12:49 La même loi existera pour l'indigène comme pour l'étranger en séjour au milieu de vous.

 

 

La Torah proclame une stricte égalité de traitement envers son prochain, qu’il appartienne tableau2.jpgou non au peuple Israélite. Le Lévitique l’affirme sans ambiguïté en ces termes VaL'havta YaRacha KaMocha" Lv 19:18 (Tu aimeras ton prochain comme toi-même). Dans le même souci d’universalisme, deux personnages bibliques non Israélites méritent un examen particulier, il s’agit de Job et de Ruth la moabite.

 

Job incarne le juste persécuté, et fut le sujet de nombreux commentaires, tant au sujet de son existence historique que de son appartenance au peuple d’Israël. Le Zohar ne doute pas de son existence et le présente comme un conseiller de Pharaon. La fidélité de Job à l’Eternel est telle qu’il possède une valeur d’exemplarité tant pour les juifs que pour les gentils ?

 

La figure de Ruth dont la Meguilah est lue durant Shavouoth est également riche d’enseignement. Ce livre nous enseigne d’une part que la lignée Davidique procède d’un mariage mixte, et expose également l’institution du goel afin d’éviter la disparition d’un nom. A la différence du livre de Job, Ruth la moabite incarne l’intégration au peuple d’Israël par la volonté et le respect des principes de la Torah. Ainsi de nombreux personnages exogènes aux « Bnei Israël » sont décrits dans la Bible, soit pour la valeur d’exemplarité de leur comportement, soit pour leur choix personnel de rejoindre les israélites ou pour leur fidélité aux principes de la Torah. Un autre cas d’agrégation intéressant à mentionner, les Nethinim. Ils descendaient selon la tradition des Gabaonites (Josué 9-27).Ils furent épargnés par les Hébreux et donnés par David aux Lévites (Esdras 8:20) afin de devenir les serviteurs héréditaires du Temple.

 

 

Si la Bible est le livre du peuple d’Israël, le texte est aussi porteur d’une longue tradition d’ouverture à l’autre, en tant que l’humanité est unitaire au sens ou toutes et tous nous émanons du couple primordial, mais aussi en présentant les comportements humains comme universels nonobstant les questions d’origines ou d’extraction. Si la Bible considère finalement la fidélité aux principes de la Torah comme le signe marquant de l’appartenance au peuple de l’alliance, et comme un devoir de les transmettre aux générations à venir, elle nous invite également à réfléchir à deux dérives possibles de l’application aveugle des principes. Ces deux dérives sont typifiées par deux peuples non israélites : les Moabites et Ammonites, sous la forme du familialisme d’une part et du nationalisme d’autre part.

 

Ces deux dérives engendrant des comportements contraires à l’éthique. Le familialisme pouvant à son paroxysme ignorer les lois temporelles, et le nationalisme entraînant la haine de l’autre. L’épisode des deux filles de Lot enivrant leur père est à ce propos tout à fait significatif. De cette liaison incestueuse avec leur père naîtront deux fils ; Moab (qui procède du père) symbole des dérives du familialisme et Ben-Ammi (fils de mon peuple) symbolisant le nationalisme.

 

Jean-Marc CAVALIER LACHGAR

2005